Conclusion
Qu'ils soit mis en mots ou en images, le zombie devient porteur d'un discours critique sur l'être humain en pointant la limite éthique (en la franchissant !) de l'agentivité humaine.
H.P. Lovecraft souligne la dimension socio-politique du zombie. Sa nouvelle Herbert West-Réanimateur soulève un double questionnement : qui est véritablement le zombie, dépouillé de son humanité, et qui en est le créateur ? Est-ce le Dr. West qui, radié l'Université du Miskatonic, poursuit ses expérimentations et réanime pendant 17 ans des cadavres ? Est-ce les zombies qui se vengent de leur créateur en le tuant ? Ou encore est-ce l'exclusion du Dr. West de l'Université du Miskatonic qui le marginalise irrémédiablement ?
M. Shelley dans son histoire Frankenstein ou le Prométhée moderne livre une réflexion sur l'être humain comme démiurge omnipotent, capable de créer un humain et de lui insuffler la vie. Le discours que livre Shelley à travers le devenir de ces personnages peut se rapprocher d'une lecture judéo-chrétienne du péché. L'être humain ne peut pas égaler la potentialité du divin. Toute tentative est vouée à une grotesque parodie mortelle pour le créateur et sa créature et ce malgré les avancées scientifiques et technologiques.
J.K. Rowling dans sa saga d'Harry Potter fait des zombies (les Inferi) une création qui relève de la maîtrise de la magie noire. C'est le statut particulier de la magie noire (une magie interdite et taboue) qui donne aux Infieri leur valence diabolique. Le mage noir, celui qui pratique sciemment cette magie illégale, est diabolisé dans sa potentialité de création qui dépasse le cadre éthique des sorciers du monde d'Harry Potter.
Le zombie sous la plume et les images de ces auteurs (et des nombreux autres) devient une égérie de l'altérité radicale monstrueuse. Qui sont les vrais zombies dépossédé d'humanité ? Eux les morts-vivants ou nous, les vivants ?
Le zombie continue de questionner. Ses représentations saisissantes et horrifiques se déclinent massivement sur tout les supports - jusqu'à le retrouver dans des clips musicaux à plusieurs décennies d'intervalle : « Thriller » (1983) de Micheal Jackson, « Clint Eastwood » (2001) du groupe virtuel Gorillaz qui met en scène des gorilles-zombies surgissant de terre ou encore le clip du groupe Nightwish « The Day of... » (2024) qui, grâce à un sérum déposé dans l'oeil, réanime des cadavres en putréfaction.
Cette idée d'un corps mort qui revient à la vie ne date pas d'hier ! Pour preuve, la bible a aussi son lot de cadavres qui ressuscitent mystérieusement.
